Hervé André ou les humeurs baroques

La grande oreille dans le cielPeinture ou dessin, paysage ou corps ; peu importe finalement. Les fluides et la matière, exprimés par Hervé André, viennent d’abord vous percuter, sensation pure. Le « ça ne me touche pas » est immédiatement du ÇA qui me touche trop. Prétendre ne pas sentir signifie plutôt ici se mettre (trop) vite à penser. Faire barrage au régime brute de la sensation, à ce qui résiste en elle aux mots et aux concepts.

Parole d’abord au corps, aux plis et replis de l’organique. Litanie d’organes, d’hybrides, galerie de grotesques. Elan baroque qui célèbre l’irrégulier et le hors norme. Variations et concrétions de matière, protubérances et orifices. Qu’il s’agisse de peinture ou d’encre, le corps lui-même s’engage et se prolonge. Les jus et les empâtements, les dilutions ou les concentrations, signent un corps à l’œuvre.

Il n’y pas ici de réduction morbide, de régime triste de la sensation pour corps rétracté. De l’effroi peut-être. Né de cet excès, matériel, organique, qui nous constitue, palpite, scande nos apparaître et disparaître. Infinie puissance de la matière, efflorescence de formes, bourgeonnements féconds, que redoublent et concentrent l’organique puis le corporel.

Les humeurs travaillent. Ces jus et dilutions qui mettent en flux et en fluides, ouvrent et répandent. Puissance, non pas métaphysique mais hyperphysique, des orifices. Ces interfaces absolues, concentrations de corps sensible.

Au minimalisme cloisonnant et limitant, celui, under control de la raison en majesté, Hervé André préfère la cascade baroque des sensations àl’œuvre, torsades et volutes, festival impur des affects.

L’artiste se fait alors matériologue, passeur et catalyseur. A travers ses effusions et ses profusions, le continuum matériel, organique et corporel n’a plus rien de l’envers dégradé de la pensée. Il en devient au contraire le tissu concentré, le bain à la fois originel et ultime.

Les paysages, à leur tour, sont gagnés par ce débordement du vivant. Au point d’hybrider, rythmes de l’encre de chine, les formes humaines et la matière devenue pâte vivante. Ces amas qui n’en sont pas dessinent une topologie singulière. Se déploient des hétérotopies : lieux « autre », qui forment, au plus concret, l’envers ou plutôt l’humus de tous nos apparaître.

En engageant ainsi son corps, Hervé André nous invite à brancher ce que nous nommons  « pensée » sur la puissance du continuum physique. Manière pour lui, entre effroi et plaisir débridé, d’en révéler l’ancrage matriciel et, chemin faisant, de la porter à sa plus haute puissance d’agir, à sa plus intense fécondité.

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