Elus, journalistes et communicants: comment passer de la défiance à la fabrication d’un nouvel esprit public ?

 

ParolePublique6

 

Cosigné avec Thierry Wellhoff, Président de l’agence Wellcom et de Syntec Conseil en Relations Publics, mon article publié dans le 6ème numéro de l’excellente revue « Parole Publique »:

Les multiples visages de la défiance

 Les acteurs politiques, les journalistes et les communicants partagent aujourd’hui un privilège peu envié, celui de la défiance.

Leurs prises de parole, dans l’espace et le débat public, font l’objet d’une suspicion de principe. Que leur reproche-t-on ? De ne pas avoir « d’objectivité » et d’être de parti pris. De faire de la communication un outil de manipulation. De défendre, dans un mélange de cynisme et d’incompétence, de manière plus ou moins dissimulée, des intérêts partisans ou personnels.

Ces critiques ne sont pas seulement portées par l’opinion publique, elles sont aussi relayées par les acteurs politiques, les journalistes et les communicants eux-mêmes. Chaque « corporation » les utilise, à l’occasion, à l’encontre des autres groupes professionnels qui constituent pourtant ses partenaires fréquents.

Ainsi les élus ne manquent pas de s’emporter contre les médias accusés de déformer systématiquement le sens de leurs actions et le contenu de leurs paroles. De nombreux acteurs politiques disqualifient aussi le travail des communicants en le réduisant à des dispositifs de manipulation de l’opinion publique, déconnectés du sens et de la réalité des politiques menées. Ce qui n’empêche pas certains, de faire appel à des « spin doctors » afin de récolter justement les bénéfices, réels ou supposés, de ces techniques manipulatoires…

A leur tour, les médias sont prompts à transformer la vigilance critique en suspicion permanente. Les motivations et les buts des acteurs politiques peuvent ainsi être systématiquement réduits à des enjeux de pouvoir et d’intérêts personnels. De même,  à l’encontre des communicants, un procès est souvent instruit en subjectivité (valoriser le point de vue et les intérêts de son seul client) et en manipulation (pression et complaisance).

Ces critiques, qu’elles émanent d’une corporation ou de l’opinion publique, ne peuvent être balayées. Elles pointent des comportements réels. Mais il importe de les nuancer, parfois de les déconstruire, et de distinguer notamment les pratiques usuelles réglées par des déontologies et les dérives.

Lire la suite

L’entreprise et la marque au miroir de l’engagement / Tank n°8

Tank8

Mon article à lire dans le numéro de printemps de la revue Tank consacré à l’engagement.

L’entreprise et la marque au miroir de l’engagement

L’entreprise « engagée » est devenue aujourd’hui un lieu commun de la communication corporate. Comment les thèmes de l’engagement et de la responsabilité se sont-ils imposés au monde de l’entreprise ? Traduisent-ils une réelle prise en compte de l’intérêt général ou sont-ils de l’ordre de la manipulation et du calcul intéressé ? Que vaut aujourd’hui une réputation et comment se fabrique-t-elle à l’heure des médias sociaux ? Que désigne la marque lorsqu’elle devient « engageante » ?

 Pour les entreprises, l’engagement n’est plus aujourd’hui une possibilité stratégique ou une option ; il est devenu une nécessité. Ce sont désormais les modalités de cet engagement, les moyens de son expression, qui font débat au cœur des organisations.

Rapporté au monde de l’entreprise, l’engagement nait d’une « prise en compte ». Il réside d’abord dans la «  prise de conscience » que l’entreprise n’est pas un acteur isolé, exclusivement défini par une logique purement économique, réduite à la seule recherche du profit maximum.

Parce qu’elle s’insère dans un tissu de relations diverses, dans une société faite de rapports humains, culturels, politiques, juridiques, l’entreprise est fondamentalement placée dans un système relationnel auquel elle est appelée à participer. Cette participation active est une autre manière de désigner les logiques d’engagement.

Cette participation peut être subie ou choisie. Historiquement, les premières conquêtes sociales (par exemple l’organisation des systèmes de retraite et d’assurances) ont constitué autant de manière d’imposer à l’entreprise le devoir de s’engager au-delà de la seule production de richesses.

De manière croissante, au fil des rapports de force mais aussi des projets de réforme, l’entreprise joue un rôle social que l’on retrouve aujourd’hui traduit et amplifié dans l’expression « d’engagement citoyen ». Le terme même de « responsabilité » (sociale, environnementale) cristallise la prise en compte d’un écosystème dans lequel l’entreprise entend jouer un rôle positif.

Lire la suite

Valls, le centre et la grande coalition

Ma tribune publié par Le Plus du Nouvel Observateur

« En nommant Manuel Valls au poste de Premier Ministre, François Hollande a fait le choix de la clarté et de l’efficacité.

Clarté d’une ligne politique qui assume sans fard une ambition réformiste, synonyme de réalisme économique et d’ambition sociale. Cette politique de l’offre fait de la création de richesses un préalable nécessaire à leur redistribution. Les avantages sociaux ne peuvent plus être fabriqués par la dette, ils doivent être produits par l’économie réelle.

Efficacité car Manuel Valls incarne la volonté et l’esprit de décision. Il est à même de conduire un gouvernement tourné vers l’action et les résultats. Il dessine ainsi un socialisme pragmatique qui abandonne la rhétorique pour la mesure exacte de sa performance sociale. Surtout, à un moment où les objectifs politiques ne peuvent plus être séparés des enjeux de communication, il fait de la pédagogie et du « faire savoir », les outils nécessaires de la reconquête de l’opinion et du succès des réformes engagées.

Mais il appartient maintenant au Président, au Premier Ministre et à toutes les forces progressistes d’aller au-delà. L’heure d’une grande coalition est venue.

L’adoption à venir du pacte de responsabilité constitue un enjeu pour le centre. Comment pourrait-il ne pas soutenir des mesures visant à réduire le coût du travail, à améliorer la compétitivité des entreprises et à créer des emplois ?

Lorsque le réalisme économique rencontre l’ambition sociale, la gauche réformiste et le centre se trouvent naturellement appelé à collaborer.

Ouvrons les yeux : François Hollande comme Manuel Valls ne sont en rien les  gardiens du temple d’un socialisme de jadis. Ils refusent la rhétorique idéologique,  rompent avec le tout-Etat, avec la culture de la dépense et de la redistribution irresponsable. Ils proposent, au contraire, une synthèse entre le réalisme économique, la crédibilité budgétaire et l’ambition sociale, le volontarisme public et l’affirmation républicaine. Une synthèse entre les libertés et les solidarités.

Voilà le chemin d’une France réconciliée, d’un changement partagé !

Le centre, enfin sorti de l’âge de minorité et devenu autonome, a vocation à travailler avec cette nouvelle gauche !

Il se retrouvera dans l’exigence d’une politique par la preuve.

Il partagera le projet d’une économie de marché solidaire fondée sur une croissance durable et innovante, sur la vitalité d’entreprises responsabilisées, sur une politique de l’emploi conciliant fluidité et sécurité.

Il accompagnera la mise en mouvement de la société et des territoires, la réforme de l’Etat, sa responsabilisation et son évaluation, afin notamment de garantir et de rénover les services publics. Il encouragera aussi une nouvelle décentralisation qui améliore l’action publique en rapprochant et en responsabilisant acteurs et usagers.

De nombreuses gauches européennes, appuyées sur un centre démocrate et social, ont accompli ces réformes dans l’intérêt de tous.

De même, comment le coeur de la gauche pourrait-il ne pas se reconnaître dans l’ambition sociale affirmée par François Hollande et Manuel Valls ?

L’augmentation du pouvoir d’achat des plus modestes via la diminution des cotisations sociales des salariés, l’attachement réaffirmé aux services publics, à la solidarité sociale et territoriale, la lutte pour l’égalité réelle, constituent autant de preuves de cet engagement.

Ce socialisme n’est en rien honteux, il n’est pas un socialisme d’accompagnement.

Il défend l’esprit public, se donne pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Il promeut ce qui fait société et soutient le principe d’une action collective et volontariste.

Loin d’une politique de petits boutiquiers faite de calculs à courte vue, l’heure est à la formation d’une large coalition toute entière tournée vers la réussite des réformes. Car au moment où la défiance généralisée l’emporte, seules les vertus de l’engagement et la défense de l’intérêt général sont à la hauteur des urgences de la crise et des attentes des français.

La grande politique n’est plus une option c’est une nécessité, un destin. »

Qui a peur du socialisme libéral ?

francois-hollande_ConfVoici l’article publié ce jour dans les pages Rebonds de Libération:

Voilà que l’on s’affole. A droite comme à gauche, le « Pacte de responsabilité » et sa récente déclinaison suscitent les commentaires des uns et provoque la désorientation des autres.

François Hollande esquisse un discours de vérité qui constitue une rupture. Rupture d’abord dans sa manière de gouverner : il s’agit enfin de faire correspondre les paroles aux actes et plus largement d’inscrire ceux-ci dans un récit qui fait sens. Rupture ensuite par rapport à un socialisme de gestion trop souvent honteux en même temps qu’inabouti. « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » suffit en effet à initier la rénovation du socialisme français.

Le socialisme de François Hollande s’inspire autant de la social-démocratie que du nouveau travaillisme ou de la gauche américaine. A leur image, il fait le pari d’une politique de l’offre pour laquelle il n’y a de distribution possible qu’à partir de la création de richesses. Politique qui renonce au recours systématique à la dette publique pour financer les avantages sociaux.

Ce socialisme tente de fabriquer des compromis entre les libertés et la solidarité, les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat. Il renonce à un étatisme convenu, à une conception centralisée et autoritaire de l’action publique. Il met en valeur les ressources de la société civile, les vertus de la régulation contractuelle et du compromis. Il fait le pari, à travers d’une nouvelle organisation territoriale, d’une puissance publique décentralisée, d’un Etat-providence rénové.

Notre monde a changé. Il est tissé d’échanges généralisés et de flux, d’acteurs individuels et d’appartenances multiples. Notre société est riche de ses diversités, multiculturelle, mais aussi fragmentée et inégalitaire. Face à cela, les outils d’une politique progressiste doivent changer. C’est en ce sens que nous avons besoin d’un socialisme transformateur réconciliant l’idéalisme et le pragmatisme, en prise sur le monde d’aujourd’hui.

S’agit-il d’un socialisme libéral ? Devrions-nous nous excuser de cette référence directe à Carlo Rosselli et au Parti d’Action qui s’est opposé en Italie, dans les années trente, à la montée des totalitarismes ? Devrions-nous être honteux de reconnaître le rôle du marché et de la concurrence lorsqu’ils sont créateurs de richesses et s’opposent aux monopoles constitués ? Assumons d’encourager l’autonomie source d’épanouissement et de responsabilité, assumons d’encourager l’esprit d’initiative et d’entreprise, source de création, pas seulement économique.

Car ce « socialisme des libertés », pour reprendre le terme de Monique Canto Sperber, défend l’esprit public et se donne tout autant pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Il promeut ce qui fait société et soutient le principe d’une action collective et volontariste.

Ce socialisme n’est donc en rien un socialisme d’accompagnement.

Etre socialiste libéral, ce n’est pas dire qu’un autre monde est possible, c’est faire jouer tous les possibles de notre monde, ici et maintenant.

C’est pourquoi, il appartient au Président de la République d’aller jusqu’au bout de son effort de clarification. Cela permettra à son action de réforme de prendre toute son ampleur. Cela rendra à la parole présidentielle toute sa puissance. Cela privera la droite d’une importante ressource tactique car elle avait indûment capté, grâce au surmoi communiste de la gauche française, des valeurs qui appartenaient en propre à la social-démocratie et au socialisme. Cela placera François Hollande dans la situation historique de réussir ce que ni Mendès France, Michel Rocard, Jacques Delors et Dominique Strauss-Kahn n’étaient parvenus à faire : donner au socialisme français le visage de la modernité, le rendant ainsi apte à faire réussir la France dans une mondialisation enfin assumée.

Monsieur le Président encore un (petit) effort pour être révolutionnaire !

 Jean-François PASCAL

Logo_Libe

Luxe: La tentation chinoise / Tank n°7

Tentation046

Le numéro 7 de la revue Tank est en kiosque !

Ce numéro a pour thème le Luxe:

Symbole de vanité et preuve de bon goût, marqueur social ambitionné et signe parfois excessif de richesse, aussi futile qu’indispensable, attirant que sélectif, le luxe porte en lui une dualité qui avait déjà vu s’affronter Voltaire et Rousseau en leur temps lumineux. Sans se risquer à l’arbitrage, TANK nous invite donc à mieux comprendre les leviers complexes qui font du luxe un secteur si à part, partagé entre exubérance, onirisme et savoir-faire. Au-delà du seul positionnement marketing, le luxe est aussi un secteur économique florissant qui parvient, avec brio, à faire coexister rareté, culture et logique industrielle. Après une étude des nouveaux usages, TANK nous accompagne enfin dans les ateliers des créateurs de ces produits d’exception et nous rappelle que, s’il est le terrain d’une lutte économique souvent âpre, le luxe n’en est pas moins un gardien de la tradition et du respect des valeurs d’excellence, d’exigence et de recherche de la perfection. Un univers de beauté qui n’est pas toujours fait de calme et de volupté. La rubrique Médias prolongele sujet en mettant en avant la créativité des campagnes publicitaires de luxe et en décryptant le phénomène Karl Lagerfeld, icone de la mode récemment transformée en marque à forte prédominance digitale. La parole est aussi donnée aux acteurs innovants des médias pour mieux nous aider à appréhender ses nombreuses mutations.TANK mène enfin l’enquête sur l’émergence du Co et de ses nombreux avatars et explore les moteurs de cette collaboration mais aussi ses succès, le mode de gouvernance qui se met en place et les limites d’un exercice parfois trop idéal pour s’avérer réellement honnête.

Vous lirez p70-71 un article que je consacre au croisement du luxe et de la Chine.

Voici la version longue de ce texte:

Luxe : la tentation chinoise

L’industrie du luxe continue à afficher une croissance à deux chiffres. Les moteurs de cette expansion sont à chercher essentiellement du côté des pays émergents. Au premier rang desquels se tient la Chine. Que représente aujourd’hui le marché chinois pour l’industrie du luxe ? Quelles sont les caractéristiques de ce marché ? Comment les marques parviennent-elles à s’implanter ? Quelle est la part prise par le tourisme et par les nouveaux modes de consommation ? Le luxe au miroir de la tentation chinoise…

 La tentation chinoise est d’abord celle d’un immense marché en croissance constante.  Aujourd’hui, la Chine, représente à elle seule le quart des achats mondiaux de luxe. Devant les américains, les chinois sont désormais les premiers consommateurs mondiaux de produits de luxe.

Cette consommation repose notamment sur l’existence de 960 000 millionnaires en Chine (dont la moyenne d’âge est de seulement 40 ans. Au-delà, l’émergence d’une importante classe moyenne supérieure est appelée à soutenir durablement la forte croissance du secteur du luxe. Ainsi 13 millions de ménages chinois ont aujourd’hui un revenu annuel compris entre 100 000 et 200 000 RMB (soit 12570€ et 25140€) et leur nombre devrait atteindre 76 millions dès 2015. Dans les 10 prochaines années, ce seront 260 millions de nouveaux consommateurs aisés qui deviendront notamment des acheteurs de produits de luxe.

 La clientèle chinoise est la plus jeune au monde, elle est masculine à 55%. Les produits de luxe constituent des marqueurs sociaux et des signes de distinction. L’acquisition de montres de luxe représente d’ailleurs un quart des achats. A ce titre, les marques internationales capitalisent sur leur notoriété.

Néanmoins une tendance plus récente voit l’émergence de marques chinoises qui ont aussi les faveurs de la jeune clientèle « branchée » : la grande enseigne « Shanghai Tang », la créatrice de mode Uma Wang, les mobiles haut de gamme Xiaomi ou encore la marque de beauté Yue Sai sont désormais des acteurs majeurs du marché.

 Les grandes marques internationales doivent de toute façon s’adapter aux besoins et aux désirs variés de ces nouveaux consommateurs. Non seulement les produits développés pour les marchés matures ne sont pas nécessairement adaptés mais en plus la catégorie de « pays émergents » ne désigne pas non plus un ensemble homogène : les spécificités historiques et culturelles sont fortes et elles contraignent les marques à un double travail d’adaptation et d’innovation.

Cela est particulièrement sensible pour l’industrie de la beauté. Ainsi en Chine les soins de la peau – au détriment des parfums et du maquillage – concentrent l’essentiel de la consommation beauté des femmes et, dans une moindre mesure, des hommes citadins. La pureté de la peau, la luminosité et l’homogénéité du teint, sont historiquement et culturellement des signes de santé, de beauté et de raffinement. Le soin lui-même est associé à une pratique d’harmonie et les rituels de beauté s’apparentent à des cérémoniaux codifiés. Modernité et tradition se mêlent puisque les ingrédients naturels et les mélanges « maison » – à l’image de la millénaire poudre de perle d’eau ou encore de l’eau de riz pour les cheveux – sont appliqués en lien avec des produits de soin modernes issus du travail de recherche et d’innovation des marques.

Pour son soin « Énergie de Vie », Lancôme est ainsi aller puiser dans les ingrédients utilisés par la médecine traditionnelle chinoise : extraits de racines de rhodiola, de gentiane et d’igname sauvage entrent dans la formule de la lotion et de la crème.

Pour autant, si l’adaptation aux spécificités est indispensable, elle ne peut pas non plus occulter  l’existence d’une logique de convergence. En ce sens, Hong Kong, au croisement de l’identité chinoise et de l’exposition occidentale, constitue une vitrine avancée de la progressive harmonisation des marchés chinois et mondial.

La tentation chinoise qui lie aujourd’hui les destins de l’industrie du luxe et de la Chine ne doit pas non plus s’entendre dans une stricte logique territoriale. Le marché chinois est un marché qui ne peut être appréhendé en ignorant l’importance prise par le tourisme, qu’il soit lié aux loisirs ou aux déplacements professionnels. Lire la suite

Tank n°7 – « Hasard + Big-Data = l’équation impossible ? » – Entretien avec Thibaut Munier, Directeur Général de 1000mercis

Tank_LuxeLe 13 décembre sort le numéro 7 de l’excellente revue Tank, initiée et animée par Olivier Breton et Pascal Beria.

En avant-première, je vous propose de découvrir la version longue d’un entretien (publié p.18 et p.19) que j’ai réalisé avec Thibaut Munier, le Directeur Général de 1000mercis.

Où il est question de Big-Data et de Sérendipité …

Big data et data mining sont aujourd’hui au cœur du champ publicitaire et des pratiques marketing. Que se cache t-il derrière la désormais toute-puissance des données ? Quelles sont les problématiques liées à leur collecte, à leur analyse et à leur exploitation ? Face à la prédictibilité grandissante des comportements et des préférences, que reste-t-il de la sérendipité, de notre goût pour les rencontres fortuites et inattendues ?

1) Dans le champ publicitaire et marketing, les notions de «Data mining » et de « Big data » sont aujourd’hui omniprésentes. Que désignent ces termes ?

 Ces termes désignent d’abord un nouveau type de données. Ainsi les données issues de l’utilisation des réseaux sociaux constituent des données non structurées. Ces données sociales correspondent aux interactions des internautes entre eux et avec les marques. Elles peuvent par exemple prendre la forme de commentaires ou de posts et elles constituent alors un verbatim des conversations.

Autre exemple, les données de navigation. On peut désormais, avec le recueil du consentement des internautes, enregistrer une partie de leur parcours de navigation sur les sites. Ces données pourront ensuite être exploitées par les annonceurs.

Ces données, de type comportemental, sont de plus en plus massives. Le terme même de Big data désigne l’importance du corpus des informations recueillies. A la différence des données déclaratives, ces données de navigation sont extrêmement variées (le temps de navigation sur un site, les pages visitées, les liens cliqués…) et volumiques. Il faudra d’ailleurs savoir les traiter en suite.

Cette production d’informations constitue un événement en soi car notre société, avec ses moyens technologiques, n’a jamais autant produit de données.

2) Concrètement comment s’effectue la collecte des données ? 

Il y a de nombreuses formes différentes de collecte. Par exemple, la navigation sur un site, sous réserve de l’accord de l’internaute, donne une occasion d’échange et de suivi d’informations via notamment la mise en place de cookies. L’enregistrement de ces données doit permettre d’optimiser la navigation future de l’internaute en améliorant les liens qui lui sont proposés.

Cela dit, chaque environnement pose des problèmes techniques et juridiques de collecte. La perception des techniques de collecte par l’internaute et les conditions de recueil du consentement de collecte des données constituent des sujets particulièrement sensibles. 

3) Quels sont les enjeux pour les marques ?

Les marques envoient beaucoup de messages en direction de leurs clients présents ou potentiels. Or il y a une déperdition importante non seulement quantitative mais aussi qualitative. Les internautes ont souvent un sentiment d’envahissement, d’une fréquence excessive des sollicitations ou encore de l’inadéquation de ces messages avec leurs attentes.

Il s’agit donc pour les marques d’être plus intelligentes, de savoir tirer partie de ces grands volumes d’informations et de leur richesse en terme de contenu. Beaucoup de données ne sont pas utilisées ou sont collectées de façon inutile ; l’enjeu principal est donc de savoir les traiter, les utiliser afin de mieux comprendre les comportements et les attentes des clients, de mieux communiquer avec eux. L’objectif est d’apporter au consommateur ce qu’il attend, à savoir un meilleur service et le moins de désagrément possible.

Au-delà d’ailleurs des bénéfices immédiats liés à une meilleure connaissance, l’enjeu est aussi de créer une différenciation, de se distinguer de ses concurrents par la qualité de la relation que l’on aura su nouer avec ses publics.

4) Y a-t-il un bénéfice évident pour l’usager ? Quels exemples peut on donner d’un bénéfice utilisateur ?

Malheureusement ce sont plutôt les exemples de désagrément qui s’imposent. Trop souvent, les usagers sont envahis de sollicitations qui ne sont pas au cœur de leurs préoccupations. C’est compliqué pour les marques de collecter toutes les informations qu’elles ont le droit d’utiliser, qui leur seront utiles et qui, in fine, leur permettront de tirer un surcroit de valeur perçu par le consommateur.

De là les interrogations à propos de ce qu’il est légitime de demander, de collecter, à propos de ce qui fait sens ou pas. Il faut aider les marques à être plus intelligentes et leur permettre ainsi de se distinguer. Le directeur d’un grand distributeur américain disait : « Je sais que je gaspille la moitié de mon budget marketing, le problème c’est que je ne sais pas quelle moitié ».

C’est encore très vrai aujourd’hui. Il y a un gaspillage formidable, souvent contre-productif et générateur de désagréments.

5) Les modalités d’extraction des données sur les réseaux sociaux (en particulier Facebook) sont aujourd’hui contestées qu’en pensez-vous ? La peur d’un système de surveillance numérique généralisé est-elle légitime selon vous ?

Lire la suite

Shanghai trip

IMG_3646

 

Tout commence par le corps. Sortir de chez soi et marcher dans les rues. Comme on entrerait dans un courant, se trouver emporté par le flux. Piétons, vélos, scooters, voitures, chacun poursuit sur sa lancée. Décidé à interrompre le moins possible son mouvement. L’arrêt est contraint et temporaire. Esquive, frôlement, relance, la chorégraphie est spontanée, immanente. Elle s’invente à chaque moment dans l’interaction des corps et des mouvements.

Il y a du jeu, de l’opposition et de l’affirmation. Savoir danser pour trouver sa place. Klaxons, bruyant désordre, de bric et de broc, qui invente à chaque seconde ses équilibres et sa perpétuelle réitération. Passages à la limite, jusqu’où ne pas aller trop loin, modulations réussies, mouvement continu.

Flux, fluide, vitesse et énergie. Shanghai est en marche. Ouverte, une ville en vo, sous titres en anglais. Jeunesse connectée, portable à la main. Réseau, circulation et échanges. Effervescence et sourires, jeunesse du monde qui se découvre des possibles, un goût de liberté et de nouveauté sur toute chose, fraicheur. Au revoir, enfants gâtés de l’ancien monde, pénible et ennuyeuse agonie, étouffés de passions tristes.

Ici s’invente un mix passionnant. Métissage des élites. Hybridation au quotidien de la Chine éternelle et de l’Occident. Fécondité des processus, puissances du concept. Croisement des rationalités, montage. Invention, bricolage, tensions et résolutions. Cet ici et ce maintenant où le plus neuf du monde bascule et se joue. La mondialisation se brise sur son impossible uniformisation. Pressentir qu’un tel voyage est sans retour, le même interdit, l’autre une invention nécessaire, work in progress.

Et suivre le plaisir d’une puissance de vie sans reste, de corps en joie, intensément vivants.

Jean-François PASCAL

 

%d blogueurs aiment cette page :