La blockchain : Bien au-delà de l’ubérisation ?

La technologie blockchain est le support de la monnaie numérique « Bitcoin ». Le Bitcoin n’est pas simplement une monnaie parmi d’autres : elle repose sur un système de transactions qui se caractérise par l’absence d’un tiers de confiance extérieur aux acteurs de l’échange.

Dans l’univers de Bitcoin, il n’y a donc pas de banque venant garantir et certifier la véracité des échanges effectués. Grâce à la blockchain, chaque utilisateur de la monnaie, via l’échange informatisé, est partie prenante du contrôle des données communiquées.  Il se crée ainsi une base de données décentralisée, interactive, qui permet à chaque « bitcoin » et à chaque transaction d’être traçable et ainsi vérifiable.

Or l’usage de cette blockchain ne se réduit pas au Bitcoin.

La blockchain (ou chaîne de blocs en français) est aujourd’hui présentée comme une évolution technologique majeure dont les effets sur nos modes de relation et d’activité seraient aussi considérables que ceux générés par le déploiement d’internet.

Startups et investisseurs se déploient afin d’inventer les nouveaux usages issus de cette rupture technologique.

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Le blockchain est à la fois un protocole de transmission d’informations et une base de données partagée entre ses utilisateurs. Parce qu’elle est distribuée entre tous, cette base de données offre le plus haut niveau de sécurité en faisant « l’économie » de tout tiers extérieur.

Le mathématicien Jean-Paul Delahaye compare, dans un article éclairant, la blockchain à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable.

Concrètement, tous les processus qui impliquent un partage de données, un échange authentifiable et vérifiable (donc effectué en confiance), pourront être effectués via une blockchain.

Il s’agit donc bien d’une évolution majeure qui prolonge la logique de désintermédiation et va potentiellement bien au-delà de l’ubérisation si souvent évoquée.

Les échanges financiers sont bien sûr les premiers à être impactés. Non seulement via l’existence des crypto-monnaies mais aussi parce que la désintermédiation financière permet de réduire les coûts de paiement et de transaction. Les banques traditionnelles comme les startups de la fintech travaillent à développer toutes les opportunités économiques de cette nouvelle technologie.

A titre de simples exemples, la blockchain pourra permettre de certifier collectivement tant les diplômes, que les titres de propriétés (cf. le service Bitproof)  ou encore attester de la propriété intellectuelle via la gestion des brevets.

En matière de santé, la gestion d’un dossier médical partagé pourra être facilitée en donnant notamment au patient la maîtrise de ses données et en les enrichissant de ceux apportés par la communauté.

Les réseaux sociaux eux-mêmes ne seraient plus nécessairement gérés par des tiers exploitant les données de leurs utilisateurs.

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Ainsi, Synreo se présente comme le premier réseau social utilisant la blockchain et se fondant sur l’économie de l’attention.

La blockchain sera également au cœur de l’internet des objets en structurant leurs interactions sans présence d’intermédiaires. IBM et Samsung ont ainsi créé « the Autonomous Decentralized Peer-to-Peer Telemetry ». Démonstration en live ici.

On peut aussi évoquer la gestion du vote électronique dont la certification collective et décentralisée ouvrirait la voie à de nouvelles opportunités et modalités de démocratie participative. La startup FollowMyVote propose ainsi une plateforme de vote en ligne open-source.

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La blockchain parachève la révolution de l’information : elle consacre un régime décentralisé, horizontal, d’interactions permanentes. Mais elle fait aussi naître la confiance, et donc la valeur, d’écosystèmes qui n’intègrent plus de médiations qui leur soient extérieures. En ce sens, la blockchain constitue une révolution culturelle encore plus radicale, que celle engendrée par les réseaux sociaux.

Qui a peur du socialisme libéral ?

francois-hollande_ConfVoici l’article publié ce jour dans les pages Rebonds de Libération:

Voilà que l’on s’affole. A droite comme à gauche, le « Pacte de responsabilité » et sa récente déclinaison suscitent les commentaires des uns et provoque la désorientation des autres.

François Hollande esquisse un discours de vérité qui constitue une rupture. Rupture d’abord dans sa manière de gouverner : il s’agit enfin de faire correspondre les paroles aux actes et plus largement d’inscrire ceux-ci dans un récit qui fait sens. Rupture ensuite par rapport à un socialisme de gestion trop souvent honteux en même temps qu’inabouti. « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » suffit en effet à initier la rénovation du socialisme français.

Le socialisme de François Hollande s’inspire autant de la social-démocratie que du nouveau travaillisme ou de la gauche américaine. A leur image, il fait le pari d’une politique de l’offre pour laquelle il n’y a de distribution possible qu’à partir de la création de richesses. Politique qui renonce au recours systématique à la dette publique pour financer les avantages sociaux.

Ce socialisme tente de fabriquer des compromis entre les libertés et la solidarité, les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat. Il renonce à un étatisme convenu, à une conception centralisée et autoritaire de l’action publique. Il met en valeur les ressources de la société civile, les vertus de la régulation contractuelle et du compromis. Il fait le pari, à travers d’une nouvelle organisation territoriale, d’une puissance publique décentralisée, d’un Etat-providence rénové.

Notre monde a changé. Il est tissé d’échanges généralisés et de flux, d’acteurs individuels et d’appartenances multiples. Notre société est riche de ses diversités, multiculturelle, mais aussi fragmentée et inégalitaire. Face à cela, les outils d’une politique progressiste doivent changer. C’est en ce sens que nous avons besoin d’un socialisme transformateur réconciliant l’idéalisme et le pragmatisme, en prise sur le monde d’aujourd’hui.

S’agit-il d’un socialisme libéral ? Devrions-nous nous excuser de cette référence directe à Carlo Rosselli et au Parti d’Action qui s’est opposé en Italie, dans les années trente, à la montée des totalitarismes ? Devrions-nous être honteux de reconnaître le rôle du marché et de la concurrence lorsqu’ils sont créateurs de richesses et s’opposent aux monopoles constitués ? Assumons d’encourager l’autonomie source d’épanouissement et de responsabilité, assumons d’encourager l’esprit d’initiative et d’entreprise, source de création, pas seulement économique.

Car ce « socialisme des libertés », pour reprendre le terme de Monique Canto Sperber, défend l’esprit public et se donne tout autant pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Il promeut ce qui fait société et soutient le principe d’une action collective et volontariste.

Ce socialisme n’est donc en rien un socialisme d’accompagnement.

Etre socialiste libéral, ce n’est pas dire qu’un autre monde est possible, c’est faire jouer tous les possibles de notre monde, ici et maintenant.

C’est pourquoi, il appartient au Président de la République d’aller jusqu’au bout de son effort de clarification. Cela permettra à son action de réforme de prendre toute son ampleur. Cela rendra à la parole présidentielle toute sa puissance. Cela privera la droite d’une importante ressource tactique car elle avait indûment capté, grâce au surmoi communiste de la gauche française, des valeurs qui appartenaient en propre à la social-démocratie et au socialisme. Cela placera François Hollande dans la situation historique de réussir ce que ni Mendès France, Michel Rocard, Jacques Delors et Dominique Strauss-Kahn n’étaient parvenus à faire : donner au socialisme français le visage de la modernité, le rendant ainsi apte à faire réussir la France dans une mondialisation enfin assumée.

Monsieur le Président encore un (petit) effort pour être révolutionnaire !

 Jean-François PASCAL

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Luxe: La tentation chinoise / Tank n°7

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Le numéro 7 de la revue Tank est en kiosque !

Ce numéro a pour thème le Luxe:

Symbole de vanité et preuve de bon goût, marqueur social ambitionné et signe parfois excessif de richesse, aussi futile qu’indispensable, attirant que sélectif, le luxe porte en lui une dualité qui avait déjà vu s’affronter Voltaire et Rousseau en leur temps lumineux. Sans se risquer à l’arbitrage, TANK nous invite donc à mieux comprendre les leviers complexes qui font du luxe un secteur si à part, partagé entre exubérance, onirisme et savoir-faire. Au-delà du seul positionnement marketing, le luxe est aussi un secteur économique florissant qui parvient, avec brio, à faire coexister rareté, culture et logique industrielle. Après une étude des nouveaux usages, TANK nous accompagne enfin dans les ateliers des créateurs de ces produits d’exception et nous rappelle que, s’il est le terrain d’une lutte économique souvent âpre, le luxe n’en est pas moins un gardien de la tradition et du respect des valeurs d’excellence, d’exigence et de recherche de la perfection. Un univers de beauté qui n’est pas toujours fait de calme et de volupté. La rubrique Médias prolongele sujet en mettant en avant la créativité des campagnes publicitaires de luxe et en décryptant le phénomène Karl Lagerfeld, icone de la mode récemment transformée en marque à forte prédominance digitale. La parole est aussi donnée aux acteurs innovants des médias pour mieux nous aider à appréhender ses nombreuses mutations.TANK mène enfin l’enquête sur l’émergence du Co et de ses nombreux avatars et explore les moteurs de cette collaboration mais aussi ses succès, le mode de gouvernance qui se met en place et les limites d’un exercice parfois trop idéal pour s’avérer réellement honnête.

Vous lirez p70-71 un article que je consacre au croisement du luxe et de la Chine.

Voici la version longue de ce texte:

Luxe : la tentation chinoise

L’industrie du luxe continue à afficher une croissance à deux chiffres. Les moteurs de cette expansion sont à chercher essentiellement du côté des pays émergents. Au premier rang desquels se tient la Chine. Que représente aujourd’hui le marché chinois pour l’industrie du luxe ? Quelles sont les caractéristiques de ce marché ? Comment les marques parviennent-elles à s’implanter ? Quelle est la part prise par le tourisme et par les nouveaux modes de consommation ? Le luxe au miroir de la tentation chinoise…

 La tentation chinoise est d’abord celle d’un immense marché en croissance constante.  Aujourd’hui, la Chine, représente à elle seule le quart des achats mondiaux de luxe. Devant les américains, les chinois sont désormais les premiers consommateurs mondiaux de produits de luxe.

Cette consommation repose notamment sur l’existence de 960 000 millionnaires en Chine (dont la moyenne d’âge est de seulement 40 ans. Au-delà, l’émergence d’une importante classe moyenne supérieure est appelée à soutenir durablement la forte croissance du secteur du luxe. Ainsi 13 millions de ménages chinois ont aujourd’hui un revenu annuel compris entre 100 000 et 200 000 RMB (soit 12570€ et 25140€) et leur nombre devrait atteindre 76 millions dès 2015. Dans les 10 prochaines années, ce seront 260 millions de nouveaux consommateurs aisés qui deviendront notamment des acheteurs de produits de luxe.

 La clientèle chinoise est la plus jeune au monde, elle est masculine à 55%. Les produits de luxe constituent des marqueurs sociaux et des signes de distinction. L’acquisition de montres de luxe représente d’ailleurs un quart des achats. A ce titre, les marques internationales capitalisent sur leur notoriété.

Néanmoins une tendance plus récente voit l’émergence de marques chinoises qui ont aussi les faveurs de la jeune clientèle « branchée » : la grande enseigne « Shanghai Tang », la créatrice de mode Uma Wang, les mobiles haut de gamme Xiaomi ou encore la marque de beauté Yue Sai sont désormais des acteurs majeurs du marché.

 Les grandes marques internationales doivent de toute façon s’adapter aux besoins et aux désirs variés de ces nouveaux consommateurs. Non seulement les produits développés pour les marchés matures ne sont pas nécessairement adaptés mais en plus la catégorie de « pays émergents » ne désigne pas non plus un ensemble homogène : les spécificités historiques et culturelles sont fortes et elles contraignent les marques à un double travail d’adaptation et d’innovation.

Cela est particulièrement sensible pour l’industrie de la beauté. Ainsi en Chine les soins de la peau – au détriment des parfums et du maquillage – concentrent l’essentiel de la consommation beauté des femmes et, dans une moindre mesure, des hommes citadins. La pureté de la peau, la luminosité et l’homogénéité du teint, sont historiquement et culturellement des signes de santé, de beauté et de raffinement. Le soin lui-même est associé à une pratique d’harmonie et les rituels de beauté s’apparentent à des cérémoniaux codifiés. Modernité et tradition se mêlent puisque les ingrédients naturels et les mélanges « maison » – à l’image de la millénaire poudre de perle d’eau ou encore de l’eau de riz pour les cheveux – sont appliqués en lien avec des produits de soin modernes issus du travail de recherche et d’innovation des marques.

Pour son soin « Énergie de Vie », Lancôme est ainsi aller puiser dans les ingrédients utilisés par la médecine traditionnelle chinoise : extraits de racines de rhodiola, de gentiane et d’igname sauvage entrent dans la formule de la lotion et de la crème.

Pour autant, si l’adaptation aux spécificités est indispensable, elle ne peut pas non plus occulter  l’existence d’une logique de convergence. En ce sens, Hong Kong, au croisement de l’identité chinoise et de l’exposition occidentale, constitue une vitrine avancée de la progressive harmonisation des marchés chinois et mondial.

La tentation chinoise qui lie aujourd’hui les destins de l’industrie du luxe et de la Chine ne doit pas non plus s’entendre dans une stricte logique territoriale. Le marché chinois est un marché qui ne peut être appréhendé en ignorant l’importance prise par le tourisme, qu’il soit lié aux loisirs ou aux déplacements professionnels. Lire la suite

Que penser des nouveaux contrats de travail ?

Le chômage est une affaire trop sérieuse, une trop grande préoccupation, pour réduire la politique de l’emploi à un débat calculateur et idéologique.

Oui, il est critiquable de réformer à la hussarde le code du travail. Que reste-t-il de la démocratie sociale lorsque l’on congédie les partenaires sociaux et que l’on décide sans eux de la nature du contrat de travail, du statut et des droits du salarié ? On ne peut donner toujours plus aux employeurs (exonération de charges, rupture de contrat sans justification) sans être très attentif aux résultats effectifs en matière d’emploi et au « coût » social.

Symétriquement, assimiler toute forme de flexibilité à une précarité nécessairement accrue, défendre une surprotection statutaire en ignorant tout des dynamiques économiques, mène à l’impuissance et au statu quo, c’est-à-dire au maintien d’une précarité déjà subie par nombre de Français qui ne se satisfont pas des protestations, mais veulent des solutions.

Concernant la situation de l’emploi, le constat est partagé : le reflux actuel du chômage est encore modéré et le taux de 9,5 % enregistré en décembre 2005 demeure l’un des plus élevés d’Europe. Les jeunes en sont particulièrement victimes : le taux de chômage est de 18 % pour les moins de 30 ans, plus du double pour ceux qui sont sans qualification. L’essentiel des embauches s’effectue en CDD ou en intérim, voire en stages non indemnisés.

Nouveaux venus, le CNE et le CPE introduisent davantage de flexibilité dans le contrat de travail : ils proposent une « période de consolidation » de deux années pendant lesquelles le salarié peut être licencié sans justification. Ils s’accompagnent aussi, pour les moins de 26 ans, d’une exonération totale des cotisations patronales pendant trois ans. Les théorèmes sont connus : moins de freins au licenciement égale moins de réticence à l’embauche, moins de charges égale plus d’emplois proposés.

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Non, le rapport Camdessus n’est pas ultralibéral

Le piège était gros. Une certaine gauche, bornée par son idéologie, ne pouvait le voir. Elle ne l’a pas vu et elle y est tombée. « Une nouvelle bible pour la droite », « un bréviaire libéral ». N’en jetez plus, la messe est dite.

Ou comment Nicolas Sarkozy sera parvenu, avec la bénédiction de ses adversaires, à confisquer un projet de réforme dont l’horizon est celui de la sociale démocratie des pays nordiques. Ou comment un rapport affirmant la nécessité de « concilier l’efficacité économique avec la justice sociale », de « reconstruire notre cohésion sociale, en faisant face au redoutable défi de l’exclusion dans notre pays » aura été dénoncé comme étant de « droite ». Ou comment un groupe de réflexion dans lequel on retrouve le président CGT de la section du travail au Conseil économique et social, le président honoraire de la CFTC ou encore le président d’Emmaüs France a pu être présenté comme un dangereux temple gardien de l’orthodoxie ultra-libérale.

Un tel tour de passe-passe laisse rêveur et il ferait presque sourire s’il ne résonnait pas d’abord comme un symptôme. Révélateur de cette paralysie intellectuelle, de ces crispations, à travers lesquelles du « baron » Seillière à la gauche « anti » chacun est bien à sa place pour entonner sa partition sur fond d’inculture économique et de fantasmes politiques. Et pendant ce temps là la société française s’immobilise et se crispe sur ces violences que l’on ressasse à vide comme des fatalités : chômage de masse – c’est-à-dire enfants de chômeurs et bientôt petits enfants – inégalités et exclusion.

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