Empreinte(s)

JORDI, série  »Signes de Terre » ST – P 1060 – gazon synthétique et terre crue – 210x80x5 cm

J’ai découvert l’atelier de Jordi dans la froidure nette d’un matin de décembre. Nous étions près de Montpellier sur la route de la Camargue. L’atelier est d’abord, à ciel ouvert, un grand jardin. Les pieds dans la terre, nous avons parlé de racines et d’histoire personnelle, d’un héritage qui tisse depuis longtemps le travail de l’outil avec le règne du végétal et du minéral. La terre donc, mais aussi le bois, l’herbe, le fer.

À l’opposé de l’épuisement conceptuel, le travail artistique de Jordi se nourrit des puissances matérielles et végétatives. Fil rouge de son expression, la « forme » qui constitue la signature de son art, évoque l’empreinte stylisée d’une tête de taureau. Cette forme matricielle, pictogramme et signalétique, porte en creux l’animalité brute.

Devenue géométrique, « forme unique, composé de lignes droites et courbes, identiques deux à deux », elle est à l’exact croisement de l’intentionnalité artistique, du geste formel, et du substrat matériel qui le précède, le déborde et lui échappe.

En déclinant à l’envie cette forme, tantôt surface, tantôt volume, bois brûlé, terre crue, cristaux de sel, pvc découpé, gazon, ferraille, tomate en peau, jus et grain, Jordi n’adopte pas la posture de l’artiste démiurge. Il n’organise pas l’arraisonnement de la nature à travers la toute puissance spirituelle du style. Il est plutôt un passeur qui fait du geste artistique un révélateur.

Sa forme agit comme une loupe, elle précipite à la surface, la concentrant et la révélant, la présence, intense et silencieuse, de ce qui est là avant toute humanité. Se jouant de tous les médiums, devenue matrice proliférant, cette forme fait surgir un monde d’œuvres qui n’est rien d’autre que le monde à l’œuvre, prolongé et révélé par le geste de l’artiste.

Cette présence qui se manifeste, s’affirme autant irréductible qu’ouverte à son secret. Fumée de bougie sur papier, empreintes de terre, sécrétions de tomate, tout ici fait trace ; chaque apparaître, devenu signe, emporte avec lui un au-delà qui est tout autant un en deçà. Les découpes, la symétrie inversée des pleins et des creux, orchestrent à leur manière l’incessant renversement de la présence et de l’absence. À la manière du yin et du yang, une polarité primaire rythme l’indéfinie génération de tout ce qui est. Tout devient processus ; le bois brûlé comme la rouille de l’oxydation donnent à sentir l’épaisseur du temps devenu durée et transformations silencieuses.

Jean-François PASCAL

JORDI, oeuvre sur papier, série fumée de bougie,  70x100 cm

JORDI, oeuvre sur papier, série fumée de bougie, 70×100 cm

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