Les rythmes de l’immanence

J’ai d’abord vu dans le travail de Mr Post la musique.

Il découpe, il colle, il dessine, il grave, papier, bois,toile; il compose. J’ai d’abord vu les pulsations qui s’organisent entre motifs, formes et couleurs. Cette circulation, toujours plurielle, est le fruit du travail du compositeur, d’un art des agencements qui fait naitre, morceau après morceau, les modulations d’une infinie (re)composition.

Découpages-collages, encres de chine, bois gravés et bien sûr peintures, à chaque fois Mr Post utilise les ressources propres à chaque médium, sa capacité spécifique à fabriquer du musical. Qu’il s’agisse des enchevêtrements et coulures d’encre ou des imbrications découpées collées ou encore des jeux de formes et de couleurs que délimitent et relient l’acrylique ou le spray, le spectateur participe à un voyage musical. A la surface de la toile, son oreille circule, ses yeux entendent, la contemplation se fait écoute et se déploie dans l’épaisseur sonore de la durée.

L’énergie des traits, l’intensité des motifs, les vibrations des couleurs, et d’abord leur mise en relation, animent ces compositions, crée les circulations musicales où ça joue où ça rythme. Dans la création de ces agencements, Mr Post anime ses compositions du jeu perpétuel du vide et du plein, de l’organisation de contrastes. Ce sont les différences de valeur, l’importance par exemple des espaces de réserve dans la toile, qui organisent la grande respiration musicale.

L’orchestration des différences ne se compose pas seulement en extension mais aussi en profondeur. Les aplats sont toujours illusoires. Même dans les découpages collages, leur mise en relation, en tension, creuse la perception et fait naître une troisième dimension. En peinture, la superposition impure des couleurs, les effets de transparence et de mixage,l’affleurement deviné ou affirmé de la toile brute, font plonger le regard. Le travail de gravure porte en son coeur ce processus: le motif n’apparaît qu’au fur et à mesure du creusement du support. Le positif n’est révélé qu’au fil du négatif. La surface tient sa vie de la profondeur qui la constitue et l’anime.

Jeu des différences donc, scansion du désir, pulsation vitale, art musical du mix et du scratch.

Or une telle musique est immédiatement de la pensée qui danse.

Mr Post se coule dans le rythme des immanences. Gilles Deleuze ou François Jullien s’y entendent. Flux, pulsations, procès indéfini, polarités qui scandent le devenir, compositions rythmées, durée féconde: l’artiste est un philosophe en action, un compositeur de perceptions sensations qui pensent, un grand vivant musicien rétif à la mort.

 Jean-François PASCAL

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