Alexis Yebra: la peau du monde

J’ai découvert les toiles d’Alexis Yebra en les déroulant, à la manière des paysages de la peinture chinoise. Ces paysages sur lesquels le regard, animé de mouvement et plongé dans la durée, glisse au gré des intensités de matière.

Il s’agissait là d’un heureux hasard qui m’a d’emblée mis en contact avec le corps de la toile. Ce corps est une peau qui concentre une multitude d’expressions de matière. Peinture acrylique, peinture en aérosol, matériaux divers se rencontrent, s’accumulent ou s’estompent, pour former un tissu vivant, presque palpitant.

L’empreinte des gestes se lit à même les mouvements et accidents de la surface. Les compositions, dans leur économie harmonique, invitent à un regard dynamique. Le rythme et l’intensité sont là, la toile se parcourt, sensuellement, en musique.

Aucun effet ici de fadeur, d’harmonie mécanique et pauvre, pas d’esthétique décorative. La matière, dans tous ses états, conserve ses élans bruts.

Puissance de l’abstraction qui congédie le sommeil figuratif des habitudes et des utilités pour rendre à l’univers des choses, celui d’avant tout langage, la force de son surgissement et de sa présence.

Jean-Francois PASCAL

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